Edito de Jean-Paul Nicolaï

La conjoncture distingue souvent deux scénarios : le pessimiste et l’optimiste.


Le pessimiste, où les anticipations inquiètes se conjuguent à de faibles investissements, beaucoup d’épargne de précaution, et dès lors, une faible croissance qui conforte ces anticipations.
Les déficits publics ne se réduisent pas et seuls s’accroissent les excédents courants entraînant la hausse de la devise et donc amplifiant la déflation. En résumé, l’Europe depuis plus de 30 ans.


Le scénario optimiste, où la confiance en l’avenir engendre investissement, consommation, croissance et déficit public. Ce scénario, sans surprise, décrit bien les Etats-Unis avec des déficits courants explosifs et une dépréciation tendancielle du dollar.
Les prophéties auto-réalisatrices se transforment parfois en erreur majeure d’anticipation stratégique. La sur-réaction à la crise mondiale était à la fois nécessaire pour réassurer l’ensemble du système et dangereuse car dramatisant les situations individuelles des entreprises, les plongeant dans des spirales dépressives coûteuses. Mais, les politiques de soutien ont quelquefois engendré d’autres effets en retour.


Nos convictions changent le monde, mais il ne suffit pas d’être « optimiste ». Il convient d’adopter une posture où l’on maintient le cap tout en s’organisant pour franchir les turbulences. Il faut dissocier ce qui relève des constantes de temps longues et ce que l’urgence impose à court terme. Sans cette capacité à faire la part des choses, on sombre en raison de l’un des écueils suivants : soit on perd confiance en l’avenir, la projection de chacun dans le futur et les comportements ressemblent alors à une foule en panique – égoïste, violente, brutale et destructrice ; soit on est aveuglé par la cible de long terme et on manque la première marche… et tous ceux qui suivent confiants sont entraînés dans la chute.
Une telle posture s’affirme au travers d’une organisation, de processus, de cultures et de savoir-faire qui n’ont rien de spontanés. Cela se construit. Pour peu qu’on garde assez de confiance en l’avenir pour avoir le courage de construire quand tout se déconstruit… On se retrouve debout le lendemain.

 

 

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