Le multilatéralisme malmené

 

Une lenteur inhabituelle des négociations

 

Les négociations internationales sont toujours des processus longs. Mais la lenteur qui marque les échanges de la Conférence de Copenhague est exceptionnelle. Depuis le début de la deuxième semaine, deux jours entiers ont été quasiment perdus en suspension de séances récurrentes. Les groupes de travail des deux branches de la négociation (LCA et KP) montrent pourtant une motivation et une force de travail dont l'intensité se maintient malgré les grondements qui sourdent sur l'organisation des débats.

 

La plénière de la COP/MOP a été reportée d'heure en heure et n'avait toujours pas repris jusqu'à l'arrivée des chefs d'Etat et de gouvernement et le début des discours officiels nationaux, jeudi 17.

 

L'exemple le plus saisissant est sans doute celui du compte-rendu officiel des travaux menés depuis deux ans dans le cadre de la voie de la convention, présidés par le très apprécié Michael Cutajar. Après une demie journée de retard, la séance a débuté dans la soirée, pour finalement être reportée au lendemain en moins d'une heure. Les délégations présentes y ont en effet appris par la présidente de séance que des négociations informelles avaient lieu au même moment avec le nouveau Président de la Conférence. Donc sans eux...

 

Le multilatéralisme, qui est une caractéristique fondamentale des négociations internationales, semble sérieusement mis à mal à Copenhague. Si les négociations informelles sont toujours nécessaires et en général décisives, elles ne sont qu'une étape dans un processus officiel de négociations qui doit rassembler l'ensemble des Etats, soit autant de souverainetés et en l'occurrence de politiques et de stratégies énergétiques.

 

Aucune Conférence des Parties de la Convention sur les changements climatiques n'avait jamais donné lieu à une telle situation, même les plus tendues comme celle de La Haye en 2000. Jamais non plus on avait assisté à une telle mise à l'écart de la société civile et des ONG en particulier. Il n'est pas question ici des quelques manifestations qui entourent la Conférence, mais du rôle fondamental des ONG. Dans leur grande majorité, elles sont en effet constituées d'experts de haut niveau, associés depuis toujours aux négociations, nourrissant très concrètement l'orientation des décisions à prendre, jusqu'à la rédaction des textes. A Copenhague, quasiment l'intégralité de ces experts se sont tout bonnement vus interdire l'accès du Bella Center à partir de jeudi 17.


Un processus de travail tâtonnant

 

Cet accroc sensible au multilatéralisme s'enracine de manière surprenante dans le flou qui continue d'entourer le processus de travail lui-même, alors que s'achève la deuxième semaine des négociations. Si elle n'est pas seule en cause, la manière de procéder de la présidence danoise a été largement critiquée. Sa proposition de texte en fin de semaine dernière, dans la volonté affichée d'accélérer le processus, a marqué le début d'une cristallisation des positions qu'elle n'a pas su apaiser par la suite. Ce, jusqu'à la démission de la présidente de la Conférence, Connie Hedegaard, remplacée par le Premier ministre danois, Lars Lokke Rasmussen.

 
Au lieu de se consacrer à la finalisation des points de fond, les délégations ont été confrontées jour après jour à une opacité sur la manière de procéder qu'il n'a pas été possible encore de régler totalement. Jeudi en milieu de journée, alors que se réunissaient enfin successivement la COP et la CMP après les multiples suspensions, jusqu'à la veille au soir, chaque séance n'a duré que quelques minutes, le Premier ministre danois posant les règles : les délégations se répartiront en groupes de travail pour avancer autant que possible sur les textes à soumettre aux chefs d'Etat et de gouvernement. Au mieux, il restait donc un après-midi et une nuit pour aboutir à un résultat qui ne pourra pas avoir fait disparaître les si nombreux crochets qui demeurent encore dans les textes...


Des projets de décisions de la COP existent pourtant

 

Malgré le manque de transparence et le temps perdu, des projets de texte existent qui pourraient (ou plutôt auraient pu) être adoptés à l'issue de la Conférence. Il s'agit essentiellement des projets de décisions élaborés dans le cadre de la voie de la convention (AWG-LCA), sous la présidence de Michael Cutajar. Durant la séance plénière qui a duré toute la nuit de mardi à mercredi, de nouveaux crochets ont été introduits dans ces textes, donnant le sentiment d'un certain recul. On peut y voir également l'identification précise à ce jour des derniers points hors consensus. Car l'intérêt majeur est que ces textes existent, reprenant l'ensemble des éléments clés du Plan d'action de Bali.

 

Ils consistent en une décision “chapeau” et un ensemble de 9 décisions thématiques sur l'adaptation, le financement, le transfert de technologies, le renforcement des capacités, les moyens de la mitigation dans les pays en développement, les incitations à réduire la déforestation, les réponses aux conséquences économiques et sociales des changements climatiques, l'opportunité d'avoir recours aux mécanismes de marché et les actions spécifiques dans le domaine de l'agriculture.

 

Ces projets de textes font apparaître deux points essentiels : les bases précises des normes relatives à la lutte contre les changements climatiques post-2012 existent désormais. Mais les multiples options qu'elles laissent apparaître sont parfois si différentes (limiter le réchauffement global à 1°; 1,5° ou 2° ?) que les compromis nécessaires ne pourront avoir lieu à Copenhague.

 

 

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