Le blocage des négociations sur lequel s'est ouverte la seconde semaine de la Conférence de Copenhague atteste des risques inhérents à la double voie de négociations choisie à Bali en 2007 pour aboutir à de nouvelles règles de lutte contre les changements climatiques après 2012. Le fait que les négociations soient menées en parallèle dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques (AWG-LCA) et du Protocole de Kyoto (AWG-KP) est certes utile, ne serait-ce que pour aboutir à un compromis intégrant les Etats-Unis et tenant compte des situations très diverses des pays en développement. Mais elle joue également comme un facteur de risque renforcé (risque de blocage, de retard, de crispation, etc.) pouvant conduire à un résultat peu satisfaisant au regard des possibilités.
Lundi matin, à l'ouverture de la session du groupe de contact sur les réductions d'émission des Parties de l'Annexe I (AWG-KP), les débats se sont immédiatement centrés sur l'inutilité de poursuivre les discussions, dès lors que les négociations avaient été suspendues dans le cadre de l'autre voie (AWG-LCA). Le texte qui devait être achevé lors de la dernière rencontre du groupe à la fin de la même journée ne pourrait pas être présenté en séance plénière le lendemain, mardi 15 décembre, comme prévu. Si les négociations avaient été suspendues dans une voie, elles ne pouvaient se poursuivre dans l'autre. L'insistance de l'Australie, appuyée fermement par le Japon en particulier n'a pas laissé d'autre choix au président du groupe de contact que de suspendre la séance, donc les négociations.
Jusqu'en fin d'après-midi, la situation a ainsi été bloquée par la rupture du fragile équilibre entre les deux voies parallèles de négociations. Il ne s'agit pas d'un état de fait généralisé : si la situation se grippe d'un côté, les négociations ne sont pas suspendues par principe de l'autre, pour préserver, par exemple, un niveau d'avancement équivalent dans les deux voies. Il s'agit au contraire clairement d'une réaction volontaire qui traduit les oppositions entre les Etats en présence.
En l'occurrence, les négociations ont été suspendues dans un premier temps par les pays en développement, dans le cadre de la Convention (AWG-LCA). Le projet de texte synthétique soumis dans cette voie a entraîné un premier volet de vives réactions, essentiellement autour de deux points selon les membres du G 77 et la Chine : la négociation prenait à travers ce texte une tonalité loin de l'architecture du Protocole de Kyoto. La manière de faire de la présidence danoise a été en outre largement critiquée : manque de transparence, mise devant le fait accompli en proposant un texte élaboré en dehors du processus de négociations multilatérales, etc.
Le G77 et la Chine représente aujourd'hui comme hier un grand nombre d'Etats (130). La principale différence avec le passé, sans doute, est qu'ils sont aujourd'hui extrêmement préparés et investis. Leur intérêt pour le maintien du Protocole de Kyoto (et sa poursuite) n'est pas exclusivement guidé par la mise en place de financements débloqués par le Nord. Les mécanismes de flexibilité (MDP, MOC, marché d'échange de permis d'émission) jouent également un rôle grandissant dans les économies nationales. Ils sont autant de marchés potentiels, tout en garantissant les engagements chiffrés de réduction des émissions de la part des pays historiquement responsables des changements climatiques.
Dans ces circonstances, le rôle des présidents de groupe de travail est aussi décisif que délicat : impossible de courir le risque de braquer 130 Etats, on sait désormais quel peut être le résultat. Dans des négociations extrêmement complexes relatives aux stratégies énergétiques des pays dans les toutes prochaines années et dans le long terme, c'est donc bel et bien avec l'ensemble des Etats du monde qu'il faut compter.
Lundi soir, les négociations dans les groupes de contact avaient repris, après que les pays du G77 et la Chine ont obtenu des assurances suffisantes sur l'avancée des travaux dans la voie du Protocole de Kyoto par rapport à celle de la Convention. L'essentiel de la journée a donc été consacrée à des rencontres informelles entre délégations et avec les présidents de la COP/MOP. Du retard a été pris, à quelques jours de la clôture, comme souvent dans ce type de négociations de fin de cycle. Le travail qui reste à accomplir (essentiellement à huis clos) est considérable. Surtout, l'angle d'approche a été légèrement modifié, puisque en parallèle des questions de fond, les deux derniers jours avant l'arrivée des chefs d'Etats et de gouvernement, les 17 et 18 décembre, devront accorder une large place à l'organisation des deux voies parallèles de négociations.
