... qui doit faire l'objet d'une gestion appropriée
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Bien gérer son risque de réputation, c’est avant tout être capable de l’identifier et de le mesurer.
Identifier
L’identification de tout risque de réputation consistera à dresser l’inventaire des risques, c'est-à-dire l’ensemble des événements générateurs de risque de "mauvaise" réputation.
Parmi la liste des événements générateurs, on peut citer des causes internes variées :
> Gouvernance de l’entreprise (pratiques frauduleuses, non éthiques, irresponsables, sulfureuses…);
> Qualité (défaillances de la chaîne de production, produits défectueux, mauvais accueil…) ;
> Gestion des ressources humaines (comportement négatif d’un dirigeant/salarié, incompétences notoires, pratiques salariales et rémunération des dirigeants discutables) ;
> Performance financière (mauvais résultats, mauvaise résilience aux risques…) ;
> Conformité et légalité (non respect de la réglementation, fraude fiscale…) ;
> Gestion de l’image (communication inadaptée ou inexistante, problèmes de gestion des marques…).
Des causes externes tout aussi variées peuvent également atteindre la réputation d’une entreprise :
> La publicité comparative négative,
> La diffamation,
> Des litiges,
> Le rappel à l’ordre du régulateur,
> La concurrence déloyale,
> Ou encore la contrefaçon.
Le travail d’inventaire nécessite une expertise certaine en raison de l’absence de typologie standard partagée. Il s’appuiera notamment sur l’analyse de documents mettant en cause l’entreprise dans les médias, de l’étude des bulletins d’analyse financière, de la prise en compte d’une éventuelle jurisprudence ainsi que sur une enquête auprès des acteurs concernés (dirigeants clés de l’entreprise, voire acteurs externes identifiés par la direction de l’entreprise). La notation non financière est aujourd’hui un outil de mesure et de pilotage de la régulation autant qu’une source de risque à surveiller. Nous y reviendrons prochainement.
Par ailleurs, une veille permanente est nécessaire pour surveiller ce que l’extérieur perçoit et propage: décryptage des mouvements en bourse sur les titres de l'entreprise, publications de messages négatifs dans la presse, sur Internet ou dans les blog... Une organisation doit être dédiée dans les équipes de communication externe (ou à la communication financière côté Direction Financière). Il convient également de la relier aux équipes risque.
Mesurer
La mesure du risque de réputation consiste au degré d'exposition aux facteurs de risques. L'approche qualitative classique utilise un abaque qui croise la probabilité d'occurence (de faible à certaine) avec la sévérité (de nulle à très significative) pour définir le degré de risque.
Chaque facteur de risque identifié dans l'inventaire (repéré sur le tableau ci-après par son numéro) est positionné dans les grille et constitue la cartographie des risques:
L'approche quantitative d'estimation d'une perte potentielle résultant de la survenance d'un événement générateur de la dégradation de la réputation - similaire aux méthodes avancées de calcul statistique des risques opérationnels - relève encore du domaine de la recherche du fait de la rareté des bases de référence.
Gérer
Deux axes principaux guident la gestion du risque de réputation: la
gestion préventive et la
gestion curative.
Suivant Thomas Paine : "
Il est plus facile de garder intacte sa réputation que de la blanchir quand elle est ternie", la gestion préventive du risque de réputation est particulièrement importante.
Il s’agira de se donner les moyens d’offrir des produits de qualité, d’appliquer de saines pratiques de gestion, respectueuses de l’éthique et de renforcer la conformité aux réglementations favorisant ainsi la solvabilité et la liquidité. L’engagement de programmes jugés positifs par l’opinion comme les actions en faveur du développement durable ou les oeuvres de bienfaisance peuvent être bénéfiques pour autant qu’il s’agisse de véritables actions doublées d’une réelle motivation. Une communication externe (et interne) expliquant la stratégie de l’entreprise, ses nouveaux projets et ses résultats est également indispensable pour renforcer son image.
Par ailleurs, face à la rapidité de la diffusion de l’information, que ce soit par voie de presse traditionnelle (journaux et médias audiovisuels) ou sur le web, les entreprises se doivent d’anticiper les événements qui pourraient nuire à leur image et en conséquence dégrader leur performance jusqu’à, le cas échéant, générer des pertes financières.
Pour autant, la prévention ne suffit pas. L’entreprise doit être à même de réagir à des situations de crise (défiance sous le contrecoup de crises financières, campagne de dénigrement...).
Pour ce faire, certes la communication est un élément clef mais ce n’est pas le seul. L’entreprise doit disposer d’un plan d’actions (ou un plan de gestion de crise) permettant, en cas de survenance de l’élément générateur du risque de réputation, d’avoir une idée précise des actions à mener.
Ce plan d’actions doit
a minima comporter:
> Une gouvernance spécifique adaptée à cette problématique protéiforme et devant, de ce fait, faire intervenir des décideurs représentant les différentes fonctions concernées tout en assurant une forte réactivité,
> Un plan de communication (interne et externe),
> Une liste des actions à mettre en oeuvre y incluant le cas échéant les actions judiciaires.
En complément, un exercice de simulation à un rythme à définir permettra d’être prêt à contre-attaquer dans les plus brefs délais.
Remise à l’ordre du jour par les autorités politiques et les régulateurs, la responsabilité sociale des entreprises, notamment financière, ne peut qu’encourager ces dernières à accorder plus d’intérêt à préserver ou rétablir leur bonne réputation. Au-delà de l’aspect plus ou moins coercitif des réglementations qui, à l’avenir, obligeront à couvrir par des fonds propres le risque de réputation, la mise en place, par les directions générales, d’une politique volontariste de gestion du risque de réputation, sera bénéfique et confortera la valeur de l’entreprise.
Le poète latin Publilius Syrus ne disait-il pas dès le premier siècle avant JC que "
Une bonne réputation est plus valable que l'argent ?" Il n’y a pas de doute : la réputation est un trésor qu’il faut préserver…