Afin de mettre en place des scénarios de stress tests pertinents et efficaces, il faut saisir l’importance des causes macroéconomiques sur la stabilité du système bancaire et sur la contagion des crises dans l’économie réelle. Cette approche macroéconomique est au cœur des scénarios conçus par les banques centrales européennes et par le FMI (Fonds Monétaire International) depuis le milieu des années 90.
Un schéma de crise répétitif. Il est encore difficile de mesurer l’ampleur de la contagion de la crise financière au sein de l’économie réelle. Pourtant il est relativement aisé de décrire les mécanismes de déclenchement permettant cette contagion si l’on considère leur caractère répétitif. Comprendre ces mécanismes permet d’affiner les paramètres d’un scénario de stress en identifiant des vulnérabilités potentielles. Le schéma global est le suivant :
1.
Hausse rapide du volume de l’offre de prêt : Le phénomène de bulle du crédit est essentiel car il est à l’origine du déplacement de l’équilibre offre/demande de financement.
2.
Endettement en hausse des entreprises et ménages par suite directe de l’assouplissement des conditions de crédit. Le rapport volume des crédits accordés par les banques / PIB dans la zone euro atteignait déjà 45% en 2005.
3.
Elément déclencheur de la crise : un des rouages de l’économie se grippe et les premières faillites surviennent. Les taux de défaut de remboursement s’envolent. Dans le contexte actuel, la crise de l’immobilier résidentiel américain joue ce rôle de déclencheur.
4.
La sphère financière entre dans une dépression, des faillites d’institutions de crédit surviennent, contraignant les banques à restreindre brutalement leur offre de crédit et sapant la confiance entre établissements nécessaire au marché des prêts interbancaires. Un cercle vicieux se met en place et la crise se renforce en contaminant l’économie réelle. L’équilibre offre/demande de crédit se déplace brutalement.
Les impacts sur les Etablissements bancaires d’une crise systémique
Il ne s’agit ici que d’un point de départ pour bâtir son propre scénario global mais les données fournies par la Banque de France sont d’une grande utilité. Au sein de chaque établissement, les inputs peuvent varier et l’essentiel pour la cellule ALM est bien d’engager une analyse profonde sur les mécanismes régissant les rapports entre l’établissement financier et le système macroéconomique.
Scénarios et conséquences. Les scénarios de crise sont complexes. A titre d’information, ceux présentés par la Banque de France (à partir de données à fin 2005 comparées à des données initiales à fin 2003) peuvent se résumer de la façon suivante :
> Détérioration générale de la qualité du crédit : Dégradation d’un cran sur une échelle type d’agence de notation de la qualité de l’ensemble des contreparties. L’impact sur la rentabilité bancaire attendue à fin 2005 est de -56,5% par rapport au résultat à fin 2003.
> Chute de la demande mondiale de 20% entraînant une croissance nulle sur deux ans : La rentabilité bancaire s’érode de 26% et le ratio de solvabilité type Bâle II recule de 2,1 points.
> Hausse des prix du pétrole de 48% sur deux ans sans réaction monétaire : Cela entraîne une progression de la rentabilité de 7% mais une dégradation du ratio de solvabilité de 0,11 point.
> Hausse des prix du pétrole de 48% sur deux ans avec hausse des taux courts de 150 points de base : La rentabilité bancaire s’envole de 13,2% grâce à la repentification de la courbe des taux d’intérêt généralement favorable aux banques. Le ratio de solvabilité se dégrade de 0.05 point.
La chute des crédits accordés aux entreprises et aux ménages, couplés à la hausse des taux de défaillance est essentielle car c’est à travers ces facteurs que la contagion depuis la sphère financière vers l’économie réelle prend toute sa dimension. Un choc externe peut remettre en cause la valeur des actifs surévalués lors d’une bulle et révéler leur faible qualité, soulevant un phénomène de crise.
L’anticipation précise du niveau des créances douteuses et litigieuses (CDL) est délicate, mais pour évaluer l’ampleur de leur augmentation il peut être utile de s’intéresser aux indicateurs des crises passées.
> Etats-Unis, 1988 (crise des
savings and loans). La part maximale des créances douteuses en % du total des crédits atteignit 4,1%.
> Norvège, 1991. Les CDL atteignirent 16,4% du total des crédits.
> Japon, 1997. Les CDL atteignirent 35% du total des crédits.
Sources des données : Banque de France, Laeven et Valencia 2008
Construction des Stress Tests
La construction de nouveaux modèles de stress tests doit reposer sur une méthodologie éprouvée, au regard des impacts sur la gestion des risques ALM.
> Analyse du besoin : Spécifications des stress tests à construire en fonction du profil de risque et de la structure de bilan de l’établissement en question (profils d’activités, taille de la BFI par rapport aux activités de détails, etc.).
> Gap Analysis de la cible : Au regard de la réglementation en vigueur, gap analysis du dispositif de stress tests cible.
> Choix des stress tests : En collaboration étroite avec le management, la direction des risques et la recherche économique, la sélection de l’approche méthodologique (actifs et passifs à stresser, amplitude des chocs, priorisation des scénarios, etc.) doit aboutir à la présentation d’une batterie de scénarios, avec un document de synthèse sur les hypothèses, les motivations de choix des scénarios et la conformité réglementaire.
> Calibration / Collecte des données : Développement technique des stress tests. Récupération des données adéquates.
> Déroulement des tests : Le niveau des pertes extrêmes résultant de ces stress macroéconomiques doit être mis au regard des risques courants.
> Suivi et actions correctrices : l’interprétation des résultats peut (doit) amener des actions correctrices de la politique de gestion des risques – Révision des limites, mise en place de couvertures supplémentaires, cessions d’actifs, etc. – et être formalisée dans un document officiel présentant la démarche, le process de stress tests, les responsables, etc.